Rebond du colloque du "Normativité, création, transmission dans la psychanalyse" SAMEDI 2 AVRIL de 14 à 18h Faculté des Sciences Paris Jussieu, Amphi 45A –Tour 45 4 place Jussieu 75005 Paris

Rebond du colloque du « Normativité, création, transmission dans la psychanalyse », nous vous proposons un cycle de films et de débats qui viennent donner corps à la question de la normalité, de la folie, et de la normativité. Là où les institutions, asphyxiées de gestionnaire et de sécuritaire, viennent engrillager la folie, des lieux d’accueil de la folie peuvent la rendre créatrice. La folie lieu de mort, mais aussi la folie lieu de vie, antidote à la mort psychique, à condition que …

1ere séance l’Atelier du Non-Faire
avec "La tête dans les toiles"film de 52’ de Patrice Rolet
Présenté par Danièle Epstein
Suivi de débats, et de témoignages - Modérateur : Paolo Lollo

Avec Patrice Rolet (Réalisateur), Christian Sabas (peintre et musicien Fondateur de l’Atelier du Non-Faire), Ismaïl Konate (peintre et directeur général de l’Atelier du Non-Faire), Xavier Amar (peintre, musicien, comédien, écrivain de l’Atelier du Non-Faire), Fabienne Ankaoua, Guy Dana, Barbara Didier, Françoise Fabre, Nabile Fares, Caroline Gillier, Dominique Le Vaguerèse, (psychanalystes)

"Comment d’un lieu de création peut-on faire un intermédiaire,
une porte ouverte sur l’extérieur, sur l’intérieur,
et un vivre “avec” notre folie?"
Christian Sabas

"Lieu atypique vers le possible….ce lieu peut-être considéré comme un essai de destruction des structures asilaires, de destruction des résidus de l’ancien système psychiatrique, car il est une tentative de reconstruction des personnalités désarticulées, au travers d’un « ailleurs » créatif, indépendant du fonctionnement administratif et médical de l’institution » : ainsi se présentait l’Atelier du Non-Faire, au coeur du parc de l’hôpital de Maison Blanche.
A l’origine, un infirmier psychiatrique, Christian Sabas, refuse le quotidien asilaire, plus enclin à jouer de la musique et à peindre avec les patients qu’à faire des piqûres : « Le travail du soignant ne peut être que de veiller à l’apparition d’une en-vie » écrit-il.
Le conflit éclate le jour où il invite des musiciens à venir jouer avec les patients! Avec l’aide et le soutien de son chef de service, le Dr Pariente, un arrangement avec l’administration lui permettra d’occuper un pavillon abandonné qui deviendra dès lors un lieu hors du commun. Très rapidement, les malades hospitalisés découvrent au hasard d’une promenade ou par le bouche à oreille cet ancien bâtiment qui se transformera en un gigantesque espace d’expression investi par les patients. Fébrilement, ils se mettent à l’oeuvre avec des matériaux de récupération pour faire support de création: papiers, cartons, draps. Au gré de leur humeur, ils passeront jouer d’un instrument, manipuler un pinceau, écrire, approcher l’informatique… ou même « ne rien faire » du tout. « Créer simplement les conditions de faire ou de ne rien faire, laisser la place aux « en-vies » » …. Tel fut le pari de l’Atelier du Non-Faire, lieu alternatif à l’intérieur de l’institution psychiatrique, qui fait la part belle à l’inétabli, à l’imprévu, à ces marges où l’essentiel peut se mettre à l’épreuve. « Quand l’espoir n’a plus que la vague forme d’un cendrier plein… », écrivait une artiste de l’Atelier du Non-faire, alors danser, chanter, faire de la musique, peindre, sculpter, écrire, sont autant de façons de gagner sur l’informe qui fait masse, pour habiter son corps psychiquement vivant.
Toutes les salles de cette immense bâtisse abandonnée seront peu à peu occupées sous l’effet de ce pousse-à-créer : 1000m2 de salles et de couloirs, de dédales et d’abysses, où s'exposent et s’entassent des milliers de créations d’hommes et de femmes, aux prises avec la douleur d’exister.
Avec la fermeture de l’hôpital de Maison Blanche en 2006, le devenir de l’Atelier qui ne respecte pas les normes sanitaires, est posé. Constitués en association dès 99, ils résistent, établissent des dossiers de presse, trouvent des mécènes, des fondations qui les soutiennent, refusent que les collections soient dispersées dans divers musées dits d'art brut, pour sauvegarder l’ensemble de la collection dans ce qui serait un « Musée d'Art Vivant ". Dans l’incertitude, l’Association du Non-Faire n'en finit pourtant pas d’inventer : évènements rythmés par des performances, symposiums, expos, concerts, à Paris, à l'étranger. Les peintres du Non-Faire exposent et vendent leurs oeuvres, les musiciens se produisent et enregistrent.
En 2001, Patrice Rolet réalise un documentaire « La tête dans les toiles », véritable plongée dans le bain de la condition humaine, saisie par la douleur d’exister et la liberté de créer.  Danièle Epstein