La fondation

Texte de fondation mis en ligne sur le site convergencia.aocc.free.fr

Convergencia

Mouvement lacanien pour la psychanalyse freudienne

Acte de fondation

I. Principes et objectifs

La psychanalyse continue. Fondée par Freud et, après la mort de Lacan, elle existe par leur discours. Cette persistance suppose un acte supplémentaire : déduire du discours un autre type de liens entre psychanalystes.

Ce nouveau type de lien a déjà été anticipé par diverses tentatives, mais il trouve ici un cadre propre dans un mouvement nommé Convergencia, Mouvement lacanien pour la psychanalyse freudienne.

Objectifs du mouvement

  1. Faire avancer le traitement des questions cruciales de la psychanalyse, ce qui implique une remise en question des fondements de sa pratique.
  2. Multiplier et stimuler les liens entre praticiens afin de favoriser l’échange et la discussion.
  3. Affronter les effets nocifs de la fragmentation du mouvement lacanien international, sans instaurer de lien pyramidal ni de supra-association autoritaire.

La multiplicité des positions et des formes associatives n’est pas considérée ici comme un défaut. Convergencia entend la préserver, sans totaliser ni unifier les tentatives existantes, en accueillant une différence féconde.

Les modalités organisationnelles propres à chaque association membre sont entérinées. Il est pris acte de la diversité historique, géographique et théorique des différentes positions associatives.

Chaque création institutionnelle se légitime soit à partir d’un trait dans le réel de la cure, soit à partir d’une thèse soutenue dans l’une des étapes de l’enseignement de Lacan relisant Freud.

Freud comme Lacan ont constamment reformulé leur théorie sans jamais la figer en système. Les différentes positions institutionnelles peuvent ainsi être entendues comme des effets de cet enseignement, et non comme les seuls produits d’un transfert imaginaire sur un maître ou un fondateur.

La transmission par le texte est devenue une modalité prépondérante de diffusion de l’enseignement de Lacan. Mais le transfert sur le texte n’est opérant que si le discours est soutenu par une énonciation, et si le savoir demeure interrogé par l’effet didactique de la psychanalyse de chacun.

Ces données justifient la fondation d’un mouvement inter-linguistique, où la reconnaissance des différences de langues enrichit le travail analytique et prévient toute hégémonie linguistique.

Il devient ainsi possible d’interroger les effets des traductions des textes psychanalytiques sur le transfert de travail, tout autant que les effets de lecture d’un texte dans la langue de son auteur.

La psychanalyse, comme « fille de la science », est appelée à faire advenir du sujet là même où la science le forclôt. Elle rompt ainsi avec toute doctrine fondée sur le réalisme des universaux.

Il importe également d’offrir aux analystes ainsi rassemblés la possibilité de constituer une force politique susceptible de soutenir leur inscription sociale, dans les différents contextes où leur acte prend place.

La formation et la nomination des analystes restent du ressort de chaque association membre. Convergencia vise à mettre ce paradoxe au travail. À défaut, le mouvement s’exposerait à l’entropie et à la redondance.

II. Enjeux de cet acte de fondation

Cet acte de fondation ne répond pas seulement aux problèmes internes à l’institution analytique : non-affiliation de certains psychanalystes, isolement par rapport au mouvement analytique, dilution de la singularité dans des collectifs asservissants ou dispersion dans une multitude de groupes.

Il procède aussi de la nécessité, pour les psychanalystes, de répondre aux formes nouvelles du malaise dans la civilisation.

Ce malaise peut notamment se caractériser par :

Violence ségrégative

Une intensification des fractures sociales et des atteintes à la dignité humaine.

Idéologie psychothérapeutique

Des pratiques sociales visant à méconnaître le réel du conflit psychique et la dimension du sujet.

Techno-sciences

Une production de preuves qui prétend se substituer à la vérité et nie l’impossible.

Religion et intégrismes

Une tentative d’obturer le manque du sujet en promettant sens, unité ou avenir meilleur.

Universalisation des discours

Des énoncés universels qui cherchent à se passer de l’énonciation et menacent la subjectivation.

Atteinte à l’histoire et à la mémoire

Une réduction du passé à une simple classification, au détriment du refoulement, de l’oubli et des coupures.

III. Qualité de membre et admission des associations

Principes régulant l’appartenance

  • Convergencia est constituée par des associations, à commencer par celles ayant signé l’acte de fondation.
  • Le mouvement ne se constitue ni en supra-association ni en confédération.
  • Convergencia ne peut faire ingérence dans les associations membres.
  • En cas de majorités ou minorités transitoires, le mouvement veille à ce que la minorité puisse demeurer dans la communauté de travail.

Principes d’admission

  • L’admission doit être pensée comme une occasion de travail, pour l’association candidate comme pour celles qui examinent sa demande.
  • La demande peut être adressée soit au Comité de Liaison Local, soit au Comité de Liaison Général.
  • L’admission se définit comme le passage du statut d’association candidate à celui de membre de plein droit, après une période de travail en commun.
  • L’association candidate doit s’engager dans un projet de travail avec au moins trois associations déjà membres, ou au sein d’un Comité de Liaison Local.
  • L’admission définitive requiert une majorité des deux tiers des voix du Comité de Liaison Général.

Responsabilités de l’association membre

  • Soutenir intégralement les termes de l’acte de fondation.
  • Participer à l’organisation des activités de Convergencia et en diffuser l’information.
  • Contribuer, au besoin, à leur soutien matériel et financier.
  • S’efforcer d’élargir le mouvement en favorisant l’intégration de nouveaux membres.

Place des analystes non affiliés à une association membre

  • Ils peuvent participer aux activités, comités et commissions, mais sans droit de vote.
  • Convergencia reconnaît que la décision d’appartenir ou non à une association relève d’un choix singulier et personnel.
  • Le mouvement ne saurait tenir lieu d’association générale ni fournir une garantie d’appartenance en substitution à une inscription associative.

IV. Modalités d’organisation

1. Comité de Liaison Général

  • Constitué des délégués de chaque association membre, avec un titulaire et deux suppléants.
  • Chaque association dispose d’une voix.
  • Le comité se réunit une fois par an, alternativement en Europe et en Amérique.
  • Il s’agit de l’instance décisionnelle du mouvement.
  • Il crée les commissions de travail et de réflexion jugées utiles, composées d’au moins quatre membres issus d’associations différentes.

2. Comités de Liaison Locaux et Régionaux

  • Ils relient les associations d’une ville, d’une région ou de différents pays, sans hiérarchie nécessaire.
  • Trois associations membres au minimum sont requises pour former un comité.
  • Ces comités sont des lieux de travail, de gestion et de mise en réseau.
  • Les analystes non associés peuvent y contribuer.
  • Les décisions s’y prennent à la majorité simple, selon le principe : une association, une voix.

3. Moyens et fins

  • Stimuler les échanges entre psychanalystes par tous les moyens offerts par la parole et les dispositifs de communication.
  • Annoncer les activités se réclamant de Convergencia au moyen des différents bulletins.

V. Usage du nom et modifications statutaires

Usage légitime du nom

  • Une activité peut se réclamer de Convergencia dès lors que deux associations membres y participent.
  • Pour les activités d’ampleur plus importante, au moins trois associations doivent participer à la décision.
  • Chaque association peut notifier son appartenance à Convergencia dans son en-tête et diffuser ses activités principales par ce canal.
  • Dans chaque pays, les comités locaux doivent chercher à garantir juridiquement l’exclusivité du nom.

Modifications statutaires

  • Le texte fondateur définit l’esprit du mouvement ainsi que ses modalités organisationnelles.
  • Toute modification statutaire requiert une majorité des deux tiers des voix des associations membres.
  • La dissolution de Convergencia nécessite un vote favorable de 75 % des associations membres.

Lignes de travail pour la mise en route des activités

Des commissions de réflexion et d’étude seront créées autour des points suivants :

Formation du psychanalyste et garanties possibles.
Défense du titre de psychanalyste dans la société civile.
Publication, traduction et transmission des œuvres de Freud et Lacan.
Importation de modèles scientifiques dans le corpus théorique psychanalytique.
Diffusion de masse de la psychanalyse, désaffiliation et fragmentation institutionnelle.
Création d’un bulletin périodique prenant en compte la multiplicité des langues.

Est également envisagée la possibilité d’une rencontre internationale à Paris en l’an 2000, autour d’un thème à déterminer par le Comité de Liaison Général.

Texte adopté le 3 octobre 1998 à Barcelone

Le texte a été adopté par un ensemble d’associations issues de plusieurs pays d’Europe et d’Amérique latine, notamment d’Argentine, de France, d’Espagne, du Brésil, d’Italie, d’Allemagne, d’Uruguay, d’Équateur et des États-Unis.

La liste complète des associations signataires peut être présentée séparément sous forme de liste détaillée ou de grille par pays pour alléger cette page principale.

Addendum : admission de nouvelles associations membres

L’entrée d’une association candidate s’effectue en deux temps, sur le modèle de l’articulation signifiante S1 — S2.

  1. Dans un premier temps, chaque association membre procède à un premier vote, par fax ou e-mail, à partir du rapport rédigé par les trois associations chargées de l’admission et du rapport fourni par l’association candidate sur son parcours en psychanalyse et les raisons de sa demande.
  2. Dans un second temps, lors de la réunion suivante du Comité de Liaison Général et en présence des délégués de l’association candidate, un second vote est réalisé afin de statuer définitivement sur son admission.

Afin que les associations candidates puissent assister à cette réunion en tant que telles, la question de leur inclusion ou non figure toujours en premier point de l’ordre du jour.

Addendum voté en Comité de Liaison Général

Paris — juillet 2000

Rédaction : Roberto Harari — Traduction : Jacques Nassif