Histoires...

Une histoire de l’Inter-associatif Européen de Psychanalyse

L’Inter-associatif Européen de Psychanalyse a maintenant une longue histoire…

par Michèle Skierkowski

Compliquée, complexe. Histoire d’un mouvement, histoire d’enjeux et de jeux entre des associations différentes, n’ayant pas la même histoire, la même filiation analytique, la même langue…

Et grâce à cela, l’Inter-associatif continue…

L’Inter-associatif s’est constitué à partir d’un projet, ou plutôt d’un désir : mettre au travail, entre analystes, l’hétérogène né de l’appartenance à des lieux institutionnels divers.

Mais il n’a véritablement pris forme que par réaction aux coups venant de l’extérieur ; sa création est la réaction à une attaque visant à discréditer les analystes qui se référaient à l’enseignement de Lacan.

Deux orientations semblent alors se dessiner durablement : l’une centrée sur la mise au travail de l’hétérogène entre associations, l’autre plus politique, attachée à la place de la psychanalyse dans les institutions de la cité.

« À quoi sert l’Inter ? »

Cette question, posée lors d’un atelier du séminaire de juin 2010, traverse toute cette histoire.

Une actualité persistante

L’Agora du 27 mars 2004, débat public organisé par plusieurs associations membres de l’I-AEP, s’annonçait ainsi :

Psychanalystes, membres d’associations de l’I-AEP, nous prenons acte d’une crise qui nous convoque et à l’égard de laquelle nous sommes actifs. Alors que la donne politique et sociale se modifie dans plusieurs secteurs de la société, nous souhaitons parler ensemble, avec divers interlocuteurs, de ce qui nous concerne et de ce qui nous dépasse aujourd’hui.

Actuel, non ?

Michèle Skierkowski — septembre 2011

Aux origines de l’Inter-associatif

L’histoire commence bien avant la création de l’Inter-associatif. Après la dissolution de l’École Freudienne de Paris, les psychanalystes qui n’ont pas rejoint l’École de la Cause Freudienne se trouvent dispersés dans de nombreuses associations. Malgré cette dispersion, les liens de travail, de transfert et d’amitié demeurent.

Tous poursuivent un travail autour de la transmission de la psychanalyse laïque, de ses enjeux et de ses moyens. La question de la passe, laissée en héritage à ceux qui se réfèrent à l’enseignement de Lacan, deviendra l’un des points nodaux de la création de l’Inter-associatif de Psychanalyse.

Avant l’Inter-associatif, un dispositif inter-associatif, le lieu X, avait déjà été créé. Il regroupait des analystes issus d’associations pour lesquelles la passe restait une question active. Ce dispositif reposait sur un principe particulier : la non-désignation des passeurs par leur analyste. Le passant choisissait lui-même deux passeurs et tirait au sort un jury.

Ce dispositif fonctionnera environ trois ans. C’est dans ce cadre que naîtra ensuite Passerelle.

Passerelle et la mise au travail de l’hétérogène

En janvier 1986, Michel Guibal et Alain Didier-Weill décident de créer le groupe Passerelle. Alain Didier-Weill contacte les responsables des associations issues de l’EFP, à l’exception de l’École de la Cause Freudienne, afin de proposer une rencontre mensuelle consacrée aux travaux en cours et à la vie interne des associations.

Dans un premier temps, plusieurs responsables acceptent cette proposition, rejoints ensuite par d’autres analystes. Les réunions Passerelle constituent alors une expérience singulière : mettre au travail, entre analystes, l’hétérogène issu de l’appartenance à des lieux institutionnels différents, et prendre en compte ce qui, chez l’analyste, échappe à l’appartenance de groupe.

Le pari de Passerelle est de substituer à l’hétérogénéité de groupes ne se parlant pas une hétérogénéité fondée sur une parole de lien social.

1989 : attaques extérieures et constitution de l’Inter-associatif

Les aléas de l’histoire de l’Inter-associatif sont étroitement liés aux attaques répétées contre ce que ses membres nomment la psychanalyse laïque. En janvier 1989, une campagne de presse nationale met en cause les psychanalystes ne répondant pas aux critères de formation de la SFP. La référence à Lacan est alors présentée comme suspecte, voire dangereuse.

Face à ces attaques, plusieurs responsables d’associations et membres de Passerelle se mobilisent. Une lettre de réponse commune est élaborée, ainsi qu’un projet de colloque inter-associatif.

La nécessité d’un engagement au nom des institutions apparaît alors clairement. Sept, puis huit associations mandatent des représentants. C’est dans ce contexte que prend véritablement forme l’Inter-associatif, à la fois groupe de réflexion et organe permanent de liaison.

Bulletin, colloques et tensions internes

L’Inter-associatif se dote d’un bulletin dont le premier numéro paraît en octobre 1991. On peut y lire en bandeau : « Nous sommes dans un temps nouveau pour la psychanalyse ».

Ce bulletin a pour fonction d’informer, mais aussi d’associer plus largement les membres aux enjeux soutenus par l’Inter-associatif. Un second colloque est très vite envisagé, consacré à l’enseignement de Lacan dix ans après sa disparition, ainsi qu’à la constitution de séminaires inter-associatifs autour de questions théoriques et cliniques.

Les années 1991 et 1992 sont cependant marquées par des débats et des crises. C’est aussi dans cette période qu’émerge le signifiant européen, avec la volonté d’ouvrir l’Inter-associatif au-delà des seules associations françaises.

L’ouverture européenne

La création de la Fondation Européenne de Psychanalyse, en juin 1991, accélère cette réflexion. Certaines associations se trouvent alors traversées par la question de la compatibilité entre les deux structures, l’une visant à fédérer des personnes, l’autre des associations.

La volonté d’associer des groupes venus d’autres pays européens prend progressivement forme, jusqu’au projet d’un colloque européen en 1993 sur la formation des psychanalystes.

Ce congrès débouchera sur la création de l’Inter-Associatif Européen de Psychanalyse en janvier 1994 à Bruxelles.

Associations participantes

L’Inter-associatif se dote alors, en plus de sa coordination permanente, d’un comité de liaison européen. Les associations européennes participent progressivement à la préparation du colloque et à la redéfinition du projet.

Belgique

École Belge de Psychanalyse, Association freudienne internationale, Questionnement Psychanalytique

Luxembourg

ALEA

Allemagne

Groupe Riss, revue Diskurier

Italie

Istituo Lavoro psichanalitico, revue Thelema, Casa Biblio de Padoue

Espagne

Invencio psichoanalytica, Jordana Freudiana

Danemark / Suisse

Psykoanalytisk Kreds, Cosimo Trono

Une histoire en cours

La transformation de l’Inter-associatif en structure européenne conduit à reformuler sa définition, à poser la question de nouveaux statuts et à élaborer une réglementation intérieure des coordinations, notamment dans les statuts de 1998.

Ce texte ne prétend pas être l’histoire définitive de l’Inter-associatif, mais seulement une histoire parmi d’autres, encore en cours d’élaboration, susceptible de contenir des inexactitudes ou des erreurs.

Les sources mobilisées sont principalement des documents écrits, en particulier les archives de l’I-AEP, encore incomplètes. D’autres matériaux, notamment des entretiens, nourrissent parallèlement un autre travail de recherche.

Des associations peuvent ainsi être membres de l’Inter-Associatif Européen de Psychanalyse, membres de La Convergencia, tandis que certains de leurs membres peuvent aussi appartenir à la Fondation Européenne et être délégués à l’une ou l’autre de ces instances.