LA DEMANDE DU MOVIMIENTO
Les délégués de Sotto La Mole acceptent de nous informer en leur nom et pas à celui du Movimiento, association de psychanalystes italiens, habilitée à répondre.
Après le séminaire de Ravenne un groupe de collègues italiens, belges et français questionne les instances de Bruxelles sur la question de la laïcité de la psychanalyse en Italie. Ils espèrent une réponse.
La demande ayant été mal formulée, Bruxelles se retourne vers le ministère de la santé italien qui répond que la psychanalyse est une psychothérapie. Pour Bruxelles, la question est réglée, chaque nation gère chez elle, la question de la psychanalyse.
Un autre groupe d’italiens demande à une autre instance de Bruxelles, celle des droits de l’homme, de revenir sur l’interprétation de la loi italienne à savoir que la psychanalyse est une psychothérapie. Cette nouvelle demande, consiste en ce que Bruxelles déjuge la loi italienne de 2010.
Questions et remarques de délégués
*** N’y a-t-il pas une façon plus adroite de poser cette question ? Le droit ne peut faire le distinguo entre psychanalyse et psychothérapie. La santé, en dehors de la TVA, demeure de la compétence de chaque nation.
Comment parler aux politiques qui ne sont pas dans un transfert à la psychanalyse ? Comment en tenir compte ? Comment obtenir gain de cause ? L’adresse détermine la façon dont on parle.
Que souhaitons-nous ? l’I-AEP demande quoi ? A qui ? Quelles positions ? Envers qui ? Bruxelles ? Quels gouvernements ? A qui adresser quelles propositions ? Quand bien même nous ne ferions qu’une voix, une proposition serait-elle entendue avec les oreilles de bois des politiques ? Scientifique ou pas, elle ne sera pas entendue avec les nuances qui la caractérisent.
Il est nécessaire de mesurer avec prudence les outils, les jurisprudences avec lesquels les politiques risquent de nous répondre. Attention au désir d’harmonisation de la psychanalyse par la TVA qui pourrait la faire se retrouver du côté de la « médicalité ».
Quelle défense possible ? Un juriste spécialisé dans l’étude des professions lors d’une consultation propose comme défense, celle du nom. Il rappelle la jurisprudence Freud/Young dans laquelle ce dernier a du renoncer à nommer ce qu’il proposait « psychanalyse » et à le baptiser « psychologie des profondeurs ». Faut-il prendre le risque nominaliste ?
L’important ne serait-il pas de nous faire connaître par notre travail des autres psychanalystes, d’inviter d’autres à travailler avec nous ?
*** En Italie, tous ceux qui sont dans l’ordre des psychologues peuvent figurer comme psychothérapeutes et peuvent être analystes. Cognitivistes, comportementalistes sont donc considérés comme analystes.
Les ordres professionnels sont très nombreux et disposent d’un énorme pouvoir. Par ex, les amandes infligées aux analystes pour exercice illégal de la profession sont reversées à l’ordre des psychologues.
*** En Belgique, les psychothérapeutes ont un statut indépendant de la psychologie. Le changement de gouvernement va changer la donne. Toute réponse à une demande d’aide est une réponse psychothérapique.
Les psychologues en Belgique ont eu beaucoup d’influence à cause de leur nombre mais surtout à cause de leur unité contrairement aux psychanalystes qui, face aux politiques, sont dispersés. Par ex pour la question de la laïcité, ils ne peuvent faire front commun.
Ce front commun est-il possible quand on sait que la psychanalyse ne fonctionne pas sans boiterie. Faut-il alors, face aux politiques, manœuvrer sans états d’âme et sans scrupules ? Comment trouver une voix sans perdre son authenticité et son âme ?
** En France ont eu lieu 2 procès dans les cours pénales de Rennes et de Montpellier. Les arguments des experts pour asseoir leurs conclusions ont été les suivants. En l’absence de cure, de formation et d’association, on ne peut être reconnu comme psychanalystes. C’est une jurisprudence quant à ce qui définit un analyste à savoir : avoir fait une cure, avoir été formé et être membre d’une assos de psychanalyse.
Soto La Mole, souhaiterait que l’Inter se positionne pour définir de façon scientifique et politique ce que serait la psychanalyse en Europe. Ce serait aux Belges, à qui reviendrait la responsabilité de proposer une définition, que l’Inter pourrait voter puis publier.
. La scientificité de la psychanalyse divise
Pour certains :
Il faut renoncer à une solution scientifique. Il n’y a pas de preuve possible. Il y aurait une direction juridique à prendre qui serait de consulter un juriste comme a pu le faire la commission statuts de l’I-AEP.
La psychanalyse a besoin d’être scientifique si elle se veut psychothérapique. (Belgique)
S’agit-il de rester subversif comme se veut l’inconscient ou de se lancer dans un rapport de force, d’influence politique ou de lobbying ? La science médicale a un objet, quel serait celui de la psychanalyse ?
S’agit-il de courir après un illusoire titre scientifique, ou, dans le cadre de la psychanalyse en extension, se mettre au travail et transmettre quelque chose de notre désir?
D’autres rappellent que par ex
René Lew soutient l’idée d’une psychanalyse qui serait une science, mais pas une science classique. Il tire la psychanalyse du côté de la mécanique quantique.
Que la question de la science ne peut-être aussi facilement évacuée. Que la science a permis à Freud de différencier la psychanalyse de la médecine. Il y a un lien logique entre science et psychanalyse même si ce n’est pas celui d’identité. Qu’il y a quelque chose à soutenir qui serait que la psychanalyse est une science mais n’est pas scientifique.
Les méthodes psychothérapiques promues ne sont pas non plus scientifiques comme elles le prétendent. Elles relèvent du charlatanisme des protocoles et des évaluations.
Nous avons à répondre à ce qui nous vient du social quel que soit la forme empruntée par la demande. Comment recevoir ces demandes sans en récuser les termes ? Sans la figer ? L’évaluation croit aborder les choses de manière exhaustive en réduisant le phénomène qu’il est sensé abordé.
Faut-il s’inscrire dans un semblant de scientificité pour faire avancer la psychanalyse ?
Dans une université, en Belgique, on fait des recherches sur l’efficacité des thérapies. Pour cela, on enregistre les séances et on calcule les effets à partir de protocoles. Dans cette logique, y aurait-il une place pour une psychanalyse scientifique ? On court le risque de s’éloigner de ce qui fait équivocité, métaphore. La psychanalyse n’est pas une science du visible.
Il ne serait pas difficile de « scientifiser » la psychanalyse. Il suffirait de prouver avec des chiffres, des études que ça marche. Les psychothérapies analytiques en 16 sessions dites scientifiques ont prouvé leur efficacité.
Une étude de Schedler, prof au Colorado, mesure les « efects size », c’est à dire ce que fait une analyse à partir d’échelles chiffrées qui vont du très performant au pas du tout. Il prouve que l’incidence analytique a un effet à long terme. La psychanalyse n’est donc pas reconnue scientifique en France faute de chiffres. C’est à nous de prouver que ça marche. Comment ? Est-ce vraiment nécessaire ? La science coule dans un moule. Ne vaut-il pas mieux prendre le maquis ?
Depuis que l’Inter a le statut de loi 1901, la prise dans la politique se pose. N’aurions-nous pas à travailler les 4 discours? Le D.U. questionne. L’université n’est plus ce qu’elle était. Elle est revisitée par le D.C. Même la pratique médicale a changé. Aborder ces interrogations dans un colloque serait pour nous une avancée. N’est-il pas trop tard ? Les psychanalystes sont déjà rejetés des institutions. Ceux qui exercent encore ne sont pas rémunérés en tant que tels. Mais faut-il s’enfermer dans la « scientifité » comme discours. La véritable question ne serait-elle pas celle de la castration ? Devenir psychanalyste c’est faire le deuil de quelque chose.
Ce que nous souhaitons c’est qu’on nous foute la paix. MAIS
Que demander à des gens qui n’ont pas les moyens de nous entendre ? Répondre aux attaques européennes (attaque en France =interdiction de l’analyse pour des autistes dans les institutions).
Cela nous engage à travailler la dimension politique de la psychanalyse, le fait que la psychanalyse en intension et en extension reliée par l’objet a, se modifient l’une l’autre.
La psychanalyse est politique dans le sens de la transformation du sujet, dans le sens d’un vivre ensemble sans que ce ne soit la guerre.
La psychanalyse est différente de la psychothérapie et il faut l’argumenter.
La psychanalyse c’est l’inscription de notre désir dans des publications à diffuser.
En fait, il s’agit de devenir militant européen de la psychanalyse laïque.
Cette psychanalyse laïque ne peut être superposable à un :- ni médecin - ni psychologue. Il y a un pas de coté à opérer par rapport à sa formation d’origine. Cela évoque la dialectique autour du phallus quand il s’agit de l’avoir et de ne pas l’avoir. Lacan rappelle que la femme ne se résume pas à ne pas l’avoir.
LES COTISATIONS 2015 et 16
Recouvrement de 2015 :
Psychanalyse Actuelle a réglé 2015
Acte Analytique réglera en même temps 2015 et 2016
Les Cartels ont payé 2015
Peu d’associations ont payé 2016. Elles sont invitées à le faire.
TEXTE DE LUCIA IBANEZ
C’est un texte que nous ont envoyé plusieurs délégués de l’Inter. Il a circulé au Point de Capiton où il a été présenté, à la Newsletter du Cartel, à Médiapart, à l’Inter. Nous accueillons la réflexion d’une collègue qui a longtemps travaillé avec nous, réflexion entre psychanalyse et politique, réflexion sur un actuel qui revient sur nos divans, et qui est lié à notre façon de travailler entre nous. C’est un débat qui concerne et qui intéresse l’Inter, à savoir, comment les analystes peuvent prendre la parole dans le social en se référant à leur travail de psychanalyste ?
Il est très vite regretté qu’un tel débat n’ait pas une assise plus large, et on revient encore aux CR, à leurs diffusions, au fait que dans le passé ils circulaient dans des bulletins à dispositions de tous les membres des assos. Mais ce qui se dit dans un lieu, peut-il être diffusé ailleurs en l’état ? Quel est le sens de l’écrit sans la voix ?
Dans un des points du texte, l’enfant né sur le sol français, de parents non français, reste dans un entre 2 administratif jusqu’à ses 18 ans, et n’est donc pas français avant qu’il en ait formulé la demande. Le droit du sol, complexe, est une question politique ou analytique ? Il questionne la clinique au même titre que certains films ou certains livres (par ex Violence et islam) qui sont de véritables séminaires cliniques. Ce travail de Lucia nous confronte comme dans la clinique à ces enfants qui ne parlent pas français…qui ne savent pas s’ils seront déchus ou pas…Comment travailler cette violence dans les consultations ? Cela nécessite de déceler qui est notre ennemi. C’est par ailleurs un texte politique dans le sens où citoyen et psychanalyste ne coïncident pas mais ne sont pas sans rapport. Mais la langue politique n’est pas la nôtre. Tout comme on ne peut reprocher à un politique d’avoir un discours politique, on ne peut demander à 1 analyste d’avoir 1 discours politique.
CF. le débat sur France 2 : « ne m’abandonne pas » CF. le livre de C. Taubira et son rappel de la politique de la relation d’E. Glissant. CF. A. Arendt : le mal n’est pas l’absence du bien, mais l’absence de la pensée.
Comment le fait d’avoir à réclamer le droit du sol n’aide ni les enfants, ni les parents à aimer la France, à aimer la langue ? Cela conduit-il à la « daeshérence » ? Comment cette question nous concerne-t-elle au-delà de notre propre histoire avec le droit du sol en France, et manifestement nous sommes nombreux à relever de cette histoire singulière. Comment tout cela renforce l’hétérogène chez nous, renforce la question de la différence et nous oblige à l’Inter à faire fi de l’indifférence.
Que faisons-nous d’un 1ier ministre pour qui comprendre c’est déjà excuser ? Comment penser qu’un homme ne puisse s’asseoir sur un fauteuil occupé par une femme avant lui ? Comment penser ces banales folies des tabous religieux ? Comment aborder ce déplacement de la haine et de la « frérocité » ?
Débat passionné qui déclenche des prises de positions politiques plus que virulentes et qui se termine sur des positions analytiques tranquilles.
Livres proposés par la coordination
**** Karima Lasali : la parole oubliée. Eres. Préface : J.P Lebrun. Postface Nabile Fares. Coll. Humus Mai 2015
Autre article Internet/Guerre civile et position de l’étranger à partir de la pratique de la psychanalyse. Journal Antropos. 2009/1 N°16-17. Diffusé par cainrn.info
C. Demoulin. La psychanalyse thérapeutique. Ed champs lacaniens. Coll. Cliniques. Mars 2001
**** Pablo katchadjian. Merci traduit de l’espagnol (Argentine) par guillaume contré. Ed. Vies Parallèles. Août 2015
****.Adonis (poète arabe né en Syrie- 1930) et Houria Abdelouahed (psychanalyste, maître de conférence à l’université Paris Diderot) Violence et islam. Nov. 2015 Ed. Seuil
Jean Luc Nancy : L’Intrus Ed. Galilée 2000
Christian Fierens : les logiques de l’inconscient
Christiane Taubira : Murmures à la jeunesse. Coll. Philippe Rey.2016
Marie-José Corentin-Vigon & Jean-Jacques Valentin