Lettre de Claire Colombier à partir de son expérience de coordinatrice de la passe -mai 2022

 

COORDINATION DE LA PASSE

par Claire Colombier

2003 – 2007

Je participe à plusieurs jurys de passe et m’investis dans la préparation du séminaire I-AEP proposé par Éric Didier, alors coordonnant de la passe.

2016 – 2022

Dernier trimestre 2016 : je participe à des jurys de passe, je fais deux fois l’expérience de la fonction de rapporteur, à l’AG 2017, je devins co-coordonnante de la passe (pour les demandes faites sur la région parisienne). Un séminaire I-AEP est à construire. Cette fois je suis très impliquée dans sa construction, dans l’organisation des 3 journées préparatoires et dans la publication des actes.

C’est seulement à partir de 2018 que je reçois des demandes de passe : deux en 2018 et deux en 2019. Le dernier retour ne se fera que tout début 2022, alors que je ne suis donc plus coordonnante de la passe depuis l’AG 2021.

L’article 7 de nos statuts prévoit que « les jurys s’engagent à se constituer en cartels pour témoigner à l’association de leur expérience ». Cela ne s’est pas fait mais les CCAF ont témoigné de leur expérience dans deux séminaires.

Dans l’esprit de cet article, j’ai proposé aux jurés et aussi aux passeurs un temps d’échange sur leur expérience. J’ai attendu que le dernier retour soit fait pour l’entreprendre.

Je remercie les collègues qui ont accepté cet échange.

Dans ce qui suit, je rends compte tant de certains aspects de mon expérience que des questions qui sont ressorties de ces échanges.

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J’ai utilisé les possibilités qu’offraient les statuts pour ouvrir la liste des passeurs afin qu’ils viennent de divans multiples.

Ainsi, après en avoir parlé avec un ou deux collègues et m’en être référée aussi au co-coordonnant, il a été proposé à deux collègues d’être passeurs. Une façon de connaître de l’intérieur un des dispositifs qui structurent les CCAF. Ils feraient ensuite de cette expérience ce qu’ils voudraient : se proposer comme membres du jury potentiel ayant une expérience de la passe à l’une des places possibles, s’engager eux-mêmes dans une passe, ou s’en tenir là.

Il a été offert à une autre personne, non-analyste, d’être passeur, si elle l’acceptait, lui précisant qu’elle pourrait aussi être membre du jury. Son choix est allé vers la place de passeur.

S’est ainsi ouverte la question de la différence entre la place d’analyste et celle de passeur. Il semble que ce qui fait difficulté, c’est la possibilité d’intervenir dans ce qui se dit ou ne se dit pas : jusqu’où peut-on questionner plus avant quand on est à la place de passeur ? Comment le passeur peut-il « mettre du sien » dans la manière dont il construit, conduit, son témoignage sans faire écran à ce qu’il a transmettre de ce que le passant a dit ou pas de son histoire et de son analyse ? Et comment aussi le passeur peut être comme paralysé par un passant qui ne veut peut-être pas qu’on l’entende ou qui n’aborde que difficilement les éléments de son histoire personnelle et ce que l’analyse lui en a appris.

Le fait que le passeur ne s’autorise pas à questionner plus avant, a pu lui être « reproché » par certains jurés.

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« La qualité de la passe est dépendante de la qualité des passeurs », un enseignement que l’on peut à nouveau tirer des expériences faites. Le contraste a parfois été parfois très marqué entre les témoignages des deux passeurs, seul-e l’un ou l’une des deux permettant d’entendre quelque chose.

Cela ouvre une question sur la désignation des passeurs. Il est permis d’émettre l’hypothèse que, dans certains cas, cette désignation est faite pour qu’un analysant qui stagne, n’arrive pas à entrer dans ce temps de la fin de la cure, soit remis en mouvement par ce qu’il entend du passant et les questions du jury sur son témoignage.

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Depuis un certain temps déjà, le dispositif de la passe est utilisé par certains passants d’une manière un peu décalée. Le/a passant /e peut déjà exercer comme analyste quand il s’engage dans le dispositif. Ou il/elle vient poser une question à la communauté analytique. Ou il/elle s’engage dans ce dispositif dans l’espoir de sortir de l’impasse où il/elle se trouve toujours malgré une longue cure (ou plusieurs tranches). Il peut se trouver aussi que le/la passant/e soit surtout intéressé/e par le fait de faire le récit de sa vie/son analyse aux passeurs, et bien moins (voire pas du tout) par le retour qui lui sera fait.

Cela peut aller jusqu’au point où passeurs comme jurés considèrent, comme cela m’a été rapporté, que « ce n’est pas une passe ». Quelle que soit la tonalité de la « non-passe », quelle question peut s’y lire en filigrane ? Qu’est-ce le/la passant/e est venu chercher là ? Comment repérer ce qui, repris dans le retour du coordonnant, permettra au « non-passant » de « passer à autre chose » pour qu’il n’en reste pas à ce qui pourrait se nommer « échec de l’analyse » ?

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J’ai déjà transmis une partie de mon expérience dans un texte précédent, où j’appelais à prendre acte que la poursuite du dispositif de la passe supposait de lui donner un caractère véritablement associatif, et dans le même temps de relancer, là aussi en le rendant véritablement inter associatif, le dispositif sur la pratique. Ces deux dispositifs sont indissociables, et heureusement complétés par le dispositif de l’accueil qui permet un premier contact avec l’association et les possibilités de travail qu’elle offrait (offre ?).

J’ai coordonné ce dispositif de la passe dans une période où le coordonnant de la passe n’était pas un membre du bureau. Ce qui donne une liberté certaine quant à l’étalement dans le temps de certaines passes : alors qu’un nouveau coordonnant accueille les nouvelles demandes, l’ancien coordonnant termine son travail en prenant le temps qu’il faut.

Mais une question plus fondamentale se pose : cela m’a intéressée de lire dans les statuts de 1989 que « La fonction de membre élu du conseil et de coordonnant ne sont pas cumulables ».
Ce point de vue de 1989 a été donc abandonné par la suite pour des raisons dont je n’ai pas connaissance.
Lors de mon intervention sur la passe à l’association Encore, ce point avait été débattu : certains membres de l’association trouvaient essentiel que la passe ne soit pas ainsi « mise au centre » et que la coordination de la passe ne soit pas associée à un poste de responsabilité institutionnelle (qui peut apparaître comme un « pouvoir »). L’élaboration d’un dispositif véritablement inter associatif de la passe transformera sinon éliminera cette question qu’il me paraît cependant important de poser au niveau des CCAF.

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J’avais trouvé très intéressant d’être à deux reprises à la place de rapporteur. Être en place de coordonnante a prolongé cette expérience. Être traversée par ces dires, les travailler et les laisser travailler, rêver, écouter ce que disent les rêves, oublier et être cependant dans la précision, travailler encore et laisser travailler encore, et après avoir laissé passer un peu de temps, fait le vide, s’entendre dire dans le temps de la transmission.

Claire Colombier

24 mai 2022

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